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Les effets biologiques du 50 Hz

Selon l’ICNIRP [1] et l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), pour les extrêmement basses fréquences, on évitera des risques biologiques majeurs, tels que tétanisations musculaires, perturbations cardiaques graves…lors d’expositions de courtes durées à des intensités de 5000 V/m et 100 µT (1000 mG) pour l’exposition du public ! Pour lire la critique de l’ICNIRP se reporter à la rubrique « critique des normes » dans « Normes-Limites ».

Dans un rapport de l’Association Internationale de Radioprotection (I.R.P.A.) [2], on peut lire une citation du Prof. M. Grandolfo (Italie): “Dans tous les organismes vivants, il existe des champs électriques et des courants endogènes qui jouent un rôle dans les mécanismes complexes de contrôles physiologiques, telle l’activité neuro-musculaire, les sécrétions glandulaires, les fonctions de membranes cellulaires, le développement, la croissance et la réparation des tissus.

Il n’est pas surprenant que, suite au rôle exercé par les champs et les courants électriques dans tant de processus physiologiques de base, des questions soient posées quant à des effets possibles de champs artificiels sur les systèmes biologiques. Avec les progrès de la technologie et les besoins sans cesse accrus en énergie électrique, l’exposition aux champs électriques et magnétiques de 50 et 60 Hertz a augmenté au point que des questions judicieuses sont posées concernant les limites de sécurité de telles exposi-tions”. Ainsi, tout être vivant fonctionne selon des mécanismes électriques et électromagnétiques très précis et très sensibles. On démontre aujourd’hui que les ordinateurs peuvent être parasités par des champs magnétiques extrêmement faibles, sous une ligne à haute tension par exemple. A 5 milligauss (= 0,5 microtesla), certains moniteurs vidéo d’ordinateurs se mettent à scintiller au point de rendre le travail de l’opérateur très pénible [3].

Des études bibliographiques sur les effets des champs électromagnétiques des fré-quences extrêmement basses (ELF) sur le biologique sont référencées par divers organismes internationaux [4,5,6,7]. Elles révèlent à partir de modèles expérimentaux : des dysfonctionnements neuroendocriniens (flux calcique, mélatonine, noradrénaline, croissance …) ; des modifications comportementales (rythmes circadiens, agressivité, asthénie, sommeil …) ; des troubles immunitaires (cytotoxicité des lymphocytes T ….) ; des modifications de la synthèse des protéines et des risques possibles de cancers.

Un événement particulier s’est produit dans ce domaine de recherches : un chercheur américain (Kirschvink) a découvert de petits noyaux de magnétite (aimants) dans les cellules du cerveau. Un étudiant de l’enseignement secondaire sait qu’un aimant placé dans un champ magnétique alternatif se met à vibrer au rythme de ce champ. Alors, pensons à ce que devient une fragile cellule nerveuse à l’intérieur de laquelle un petit aimant se met en vibration ! A titre indicatif, notre cerveau d’environ 900 grammes totalise 5 millions de ces petits aimants par cm3 de cerveau !

La recherche avance à grands pas dans ce domaine, grâce à des chercheurs indépen-dants, même si les sociétés d’électricité font tout pour nier les évidences et même tentent d’influencer l’opinion d’experts dont l’avis devrait être impartial ! (Un ouvrage publié par Allan H. Frey fait le point sur ces connaissances ! Il s’agit de “On the Nature of Electromagnetic field Interactions with Biological Systems” [8].

Les risques dus aux lignes à haute-tension

Deux études suédoises de grande ampleur [9-10], confirment de façon accablante la liaison entre certaines maladies graves : cancers, leucémies, et le fait d’habiter ou de travailler à proximité de sources de champs électromagnétiques alternatifs : lignes à haute tension, transformateurs, centrales électriques, lignes à basses tensions, mais à fort ampérage, etc. Des chercheurs de l’Institut National de Médecine du Travail ainsi que du Département d’Hygiène et de Pathologie de l’Environnement de l’Institut Karolinska (Stockholm, Suède), ont montré par une étude méticuleuse réalisée sur plus de 500.000 enfants et adultes dont le point commun était de résider à proximité de lignes à haute tension, que les personnes exposées à des champs magnétiques alternatifs de 2 mG (2 milligauss) ont deux fois plus de risques de contracter une leucémie que les enfants non exposés.

Un travail statistique regroupant l’étude suédoise de M. Feychting [10] et une étude danoise de Olsen et al. portant sur l’ensemble de la population danoise conclut qu’il existe bien une relation entre le niveau d’exposition et le nombre de leucémies observées et ce, à partir de 2 milligauss (= 0,2 microtesla).

L’intérêt de ces recherches est qu’elles viennent corroborer des études antérieures réalisées aux USA et en Suède, même si celles-ci avaient été considérées comme non fiables à l’époque (par le lobby international de l’électricité et ses obligés). En effet, le seuil critique relaté antérieurement (2 mG) est le même que celui des études statistiques récentes, plus fines. Le gouvernement suédois légifère et décide d’éloigner les lignes THT et les sous-stations de transformateurs des zones habitées (300 m pour les lignes THT).

Une étude franco-canadienne publiée dans l’American Journal of Epidemiology [11] confirme de façon nette les risques de leucémie et de cancer du cerveau chez les travailleurs exposés aux champs magnétiques alternatifs. De plus, cette étude confirme également l’existence d’un seuil d’exposition continue de 0,2 microtesla (2 milligauss) statistiquement significatif. Ce seuil est le même que celui qui a été mis en évidence dans la plupart des études épidémiologiques.

Une influence sur la sécrétion de mélatonine

Des recherches internationales réalisées aux USA et en Allemagne [5, 6, 7, 12, 13] montrent que l’exposition à des champs magnétiques alternatifs 50-60 Hz relativement faibles fait rapidement chuter la sécrétion de mélatonine par la glande pinéale (épiphyse). La mélatonine est une hormone à fonctions chronobiologiques régulatrices multiples, tant sur le système reproducteur que sur les mécanismes immunitaires.

Des études américaines [14] montrent que, sous l’influence de champs magnétiques alternatifs inférieurs à 2 mG, la mélatonine franchit la membrane des cellules pour y exercer son effet anti-cancéreux, alors que lorsque les champs alternatifs ambiants atteignent 12 mG (ce qui est une valeur courante auprès des lignes à haute tension), cet effet de la mélatonine est bloqué. De même, l’équipe du professeur Wilson a démontré que l’exposition à un champ électromagnétique 50 Hz d’extrêmement basses fréquences supprime l’augmentation nocturne de la mélatonine chez le rat [15]. Prétendre que l’effet de ces champs électromagnétiques sur la sécrétion de mélatonine n’amène pas d’action néfaste, c’est nier toutes les connaissances scientifiques en endocrinologie.

L’altération du sommeil

Une étude suédoise, menée en 1999 par Torbjörn Akerstedt et ses collègues de l’Institut National des Facteurs Psychologiques de la Santé et le Département des Sciences de Santé Publique de l’Institut Karolinska, a montré une association entre les champs magnétiques 50 Hz et l’altération du sommeil [16]. Les auteurs ont menés une étude sur dix-huit sujets en bonne santé, soumis à un champ magnétique 50 Hz de 10 mG. Il s’agissait de comparer le sommeil sous exposition à ce champ magnétique avec le sommeil sans exposition. Les résultats suggèrent que les champs magnétiques à extrêmement basses fréquences communément associés aux installations électriques peuvent avoir une action néfaste sur le sommeil.

Chambres d’enfants

Concernant le champ électrique à proprement parler, R.W. Coghill et ses collègues [17] ont publié, en 1996, une étude démontrant son influence dans le risque de leucémie dans les chambres des enfants. L’existence d’une relation dose – effet pour le champ électrique mesuré dans une chambre à coucher a été rapportée. Un seuil de 10 V/m augmente le risque de manière significative. Au delà de 20 V/m, le risque est 4,69 fois plus important !

Références bibliographiques

[1] ICNIRP. Recommandations du Conseil du 12 juillet 1999 relative à la limitation de l’exposition du public aux champs électromagnétiques de 0 Hz à 30 GHz. Journal Officiel des Communautés Européennes. 1999/519/CE

[2] “Interim Guidelines on limits of exposure to 50/60 Hz electric and magnetic fields” I.R.P.A. / I.N.I.R.C. Health Physics 58 , n° 1, p. 113-122 (1990).

[3] Sandström M., Kjell Hansson Mild, Berglund A., “External power frequency magnetic field induced jitter on computer monitors”, Behaviour and Information Technology, 1993 vol. 12, 6, p. 359-363.

[4] Biological Effects of Power Frequency Electric and Magnetic Fields, O.T.A., Congress of
the United States (1989).

[5] Bioelectromagnetic Society. Thirteenth Annual Meeting Abstract Book, Salt Lake City, Utah, USA, June 23-27 (1991).

[6] European Bioelectromagnetics Association. Vth European symposium Brussels (Belgium), January 23-25 (1992).

[7] Les effets des champs électromagnétiques de 50-60 Hz sur la santé. Bilan et perspectives de Santé Publique pour le Québec. Département de Santé Communautaire du Centre Hospitalier de l’Université de Laval. Janvier 1991.

[8] Paul Brodeur. “Les courants de la mort”. Les dossiers Science-Frontière Ed. Robert Laffont, 1989.

[9] B. Floderus, T. Persson, C. Senlund, G. Lindel, C. Johansson, J. Kiviranta, H. Parsman, M. Lindblom, B. Knave, A. Wennberg et A. Ost, Département de neuromédecine à l’Institut National de Médecine du Travail S. 171.84 Solna et Département d’Hygiène et de Pathologies de l’environnement de l’Institut Karolinska, S. 10401 Stockholm (Suède), “Exposition professionnelle aux champs magnétiques en relation avec les leucémies et les cancers du cerveau”.

[10] M. Feychting et A. Ahlbom, Institut de Médecine de l’Environnement, Institut Karolinska, Stockholm (Suède), “Cancers infantiles et champs magnétiques”.

[11] Theriault G., Goldberg M., Miller A.B., Armstrong B., Guenel P., Deadman J., Imbernon E., To T., Chevalier A., Cyr D., Wall C. : “Risque de cancer lié à l’exposition professionnelle aux champs magnétiques de très basse fréquence chez les salariés des compagnies d’électricité en Ontario au Quebec (Canada) et en France : 1970-1989”, Am. J. Epidemiol., 1994, 139 (6) : 550-72. Traduction EDF / INSERM.

[12] Electromagnetic fields : the biological evidence. Science 1990 ; 249 : 1378-1381.

[13] Stevens R.G., Davis S., Thomas D.B., Anderson L.E. and Wilson B.W., “Electric power, pineal function, and the risk of breast cancer”, FASEB J, 1992 ; 6 : 853-860.

[14] Lidbury R.P., Sloma T.R., Sokolik R. and Yaswen P., “ELF magnetic fields, breast cancer and melatonin : 60 Hz fields block melatonins oncostatic action on ER + breast cancer cell proliferation. J. Pineal Res. 1993 ; 14 : 89-97.

[15] B.W. Wilson et coll. « Chronic exposure to 60 Hz-électric field : effect on pineal function in the rat ». Bioelectromagnetics, 1981, 2 pp 371-380.

[16] Torbjörn Akerstedt et coll. Un champ électromagnétique 50 Hz altère le sommeil, Journal of Sleep Research, 8, pp.77-81, 1999.

[17] R.W. Coghill, J. Steward, A. Philips. « Extra Low Frequency Electric and Magnetic Fields in the Bedplace of Children diagnosed with Leukemia : a case control study. European Journal of Cancer Prévention. 1996, Vol 5 p 153-158.

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