Variation de l’intensité de champ électrique proche de l’antenne d’un téléphone cellulaire en 900 MHz avec et sans conversation et comparaison des intensités entre une bonne et mauvaise réception.

 Par Benoît Louppe, Techn.Chimiste, Consultant scientifique et technique en environnement électromagnétique

Introduction

Monsieur Jacques Dapoz journaliste scientifique (1), ancien radio-amateur et Benoît Louppe (2) spécialiste en pollution électromagnétique ont réalisé le 8 mars 2000 une série de mesures d’intensité de champ électrique en hyper-fréquence (micro-ondes) d’un téléphone cellulaire (G.S.M) fonctionnant à une fréquence de 900 MHz.

Hypothèse de travail

Nous pensions qu’il y avait une forte probabilité d’obtenir des variations d’intensité de champ électrique à l’oreille d’un utilisateur de téléphone cellulaire (G.S.M) lorsqu’il se trouve dans une zone où la réception est moins bonne (ex : à l’intérieur d’une maison dont les murs empêchent une bonne réception des antennes relais), mais aussi lorsqu’il parle comparativement au moment où il se taît (silence). Dans cette optique nous avons objectivé notre hypothèse en réalisant plusieurs enregistrements disponibles sous forme de graphiques.

Lieu

Dans un bureau d'analyse situé en province de Liège (Belgique), dont les murs sont très épais et arrêtent une partie des rayonnements électromagnétiques générés par les antennes relais en 900 MHz. Nous n’avons pas réalisé ces mesures en chambre « anéchoïde », ceci pour être le plus proche possible de la réalité de l’environnement des utilisateurs de téléphone cellulaire.

Conditions de mesure

Toutes les mesures ont été réalisées en champ proche, c’est-à-dire à moins d’une longueur d’onde (33,3 cm) du G.S.M et à une distance de 2 à 3 cm de l’antenne. Les enregistrements ont été réalisés toutes les deux secondes durant quelques minutes.

Description du matériel utilisé

  • Un téléphone cellulaire de marque MOTOROLA modèle AM 3188 et de type digital (T.D.M.A) fonctionnant en 900 MHz.
  • Un appareil de mesure, modèle « Chauvin-Arnoux » CA. 43 étalonné muni d’une sonde de mesure de type EF2 et posé sur un trépieds diélectrique. Il mesure les émissions en hyperfréquence de l’environnement radio-électrique. Ce « champmètre », C.A 43, nous permet de mesurer ces niveaux de perturbation en champ lointain, l’unité étant le µW/cm2, et en champ proche l’unité étant le V/m

L’appareil C.A 43 possède une sonde isotropique à large bande passante qui permet la mesure des champs électromagnétiques pour des fréquences comprises entre 100 KHz et 2,5 GHz. Cet appareil possède une sortie bidirectionnelle sur fibre optique qui offre l’accès à toutes les informations pour l’impression et le traitement des mesures sur un PC portable.

Sa sensibilité est de l’ordre de 0,1 µW/cm2 (de 0,1 à 1999 µW/cm2 ) pour la densité de puissance et de 0,1 V/m (0,1 à 199,9 V/m) pour le champ électrique.

Résultats des mesures

Mesure du champ électrique à 2 cm de l’antenne du téléphone cellulaire lors d’une conversation

  • Réception du G.S.M : 3 « barrettes »
  • Bruit de fond ambiant sans G.S.M allumé : < 0,1 V/m
  • Intensité de champ électrique : entre 17,7 et 37,6 V/m

Observations :

Les variations (pics) sont liées au fait que la personne parle, puis se tait, puis reparle (etc..) dans son téléphone cellulaire. Le graphique montre clairement une augmentation importante de l’intensité du champ électrique à 2 cm de l’antenne du téléphone cellulaire lorsque la personne parle en comparaison avec les moments où elle se tait.

Mesure du champ électrique à 3 cm de l’antenne du téléphone cellulaire avec interruption de la conversation :

  • Réception du G.S.M : 3 « barrettes »
  • Bruit de fond ambiant sans G.S.M allumé : < 0,1 V/m
  • Intensité de champ électrique : entre 10,3 et 33,2 V/m

Observations :

Les variations sont liées au fait que la personne parle au début, puis se tait durant quelques minutes, puis reparle à la fin. On observe également au centre du graphique deux à trois pics d’intensité plus élevée qui sont enregistrés par le passage d’une voiture à proximité du local d’enregistrement des rayonnements. Ceci démontre bien la variation d’intensité entre le moment où l’on parle et le moment où l’on ne dit rien dans le téléphone cellulaire.

Mesure du champ électrique à 2 cm de l’antenne du téléphone cellulaire durant une conversation mais avec une mauvaise réception de l’antenne relais

  • Réception du G.S.M : 1 « barrette »
  • Bruit de fond ambiant sans G.S.M allumé : < 0,1 V/m
  • Intensité moyenne du champ électrique (lors de la conversation) : entre 37 et 43,3 V/m

Observations :

Des intensités plus élevées sont enregistrées lorsque la personne parle sans interruption, et en plus dans de mauvaises conditions, c’est-à-dire de moins bonne qualité de réception vis-à-vis de l’antenne relais (à cause des matériaux de construction). C’est la conjugaison de ces deux paramètres qui présente un graphique avec une augmentation importante de l’intensité du champ électrique à 2 cm de l’antenne du téléphone.

Conclusions

Actuellement beaucoup d’études scientifiques menées en laboratoire sont réalisées sans tenir compte d’une part de l’absorption des matériaux de construction du lieu (présence d’une fenêtre, murs, masses métalliques…) dans lequel on expose les animaux ou les cellules in vitro, et, d’autre part, du fait de parler dans l’ampli du téléphone.

La conséquence première étant une augmentation du rayonnement dégagé par l’antenne du téléphone.

Nous constatons que l’intensité de champ électrique dégagé à l’oreille de l’utilisateur double lorsqu’il parle alors que, lorsqu’il se taît, elle diminue. Cette différence significative doit attirer notre attention car les dangers potentiels sont probablement encore plus importants lors d’une conversation avec un G.S.M.

Deux questions fondamentales doivent être posée aux scientifiques réalisant des études en laboratoire (in vivo et in vitro) ;

  1. Avez-vous tenu compte des effets biologiques en créant un effet sonore constant dans le combiné du G.S.M lors de l’exposition des cellules ou des animaux aux champs électromagnétiques ?
  2. Avez vous tenu compte de la qualité de réception du téléphone et des matériaux du laboratoire pouvant jouer un rôle d’obstacle et d’absorbant partiel par rapport aux émissions électromagnétiques des antennes relais ainsi que la distance séparant le téléphone de la station de base la plus proche (la puissance augmente si cette distance augmente) ?

Ces questions sont assez évidentes lorsque l’on observe les résultats de l’expérience…De plus, certains modèles de G.S.M émettent plus de rayonnement que d’autres. Il serait judicieux de réaliser d’autres tests en laboratoire avec plusieurs G.S.M.

Conclusion, nous constatons que l’intensité de champ électrique augmente lorsque la réception de l’antenne relais est mauvaise (une barrette de réception sur l’écran du G.S.M) et durant la période où la personne parle. Des valeurs de 43,3 V/m ont été enregistrées. Pour rappel, l’Association Internationale de Radio Protection (I.R.P.A = organisme à statut privé, appelé actuellement : ICNIRP) ainsi que le CENELEC (European Commitee for Electrotechnical Standardisation) ne prennent en compte que les risques liés à l’élévation de température de parties du corps, suite à l’exposition aux fréquences émises par les appareils et les antennes. Dans le cas de l'exposition au corps entier, le TAS (taux d'absorption spécifique) ne doit pas dépasser 0,08 W/kg pour le public, et cela pour des intervalles de temps n'excédant pas 6 minutes. Cette valeur calculée en champ électrique donne 41.2 V/m en 900 MHz. Et pour une irradiation locale (cas de la tête), le TAS a été fixé à 2 W/kg pour le public. (source : « Guidelines on limits of exposure to radiofrequency electromagnetic fields in the frequency range from 100 KHz to 300 GHz ». Health Physics.1988.54 : 115-123). Puisque ces valeurs limites d’exposition sont dépassées ou approchées pour le corps entier durant des périodes pouvant dépasser six minutes de communication, il est urgent de prendre des dispositions judicieuses pour préserver la santé des utilisateurs. Ces mesures pourraient s’étendre à d’autres modèles de téléphones étant donné que d’autres sont plus rayonnants que le modèle de notre test.

De plus, ces effets sont principalement des effets thermiques. Il faut savoir que la littérature scientifique indépendante actuellement disponible montre que d’autres effets à des intensités nettement plus faibles sont observables sur l’animal (et probablement sur l’homme). Il s’agit d’effets plus insidieux d’actions sur les mécanismes cellulaires.

Conclusion finale, Il semble que lorsque l’on réunit plusieurs facteurs de conjugaison, les intensités émises par les téléphones cellulaires peuvent doubler voire tripler !

Ces facteurs sont :

  1. Le fait de parler ou non dans le téléphone
  2. La distance entre le téléphone et la station de base
  3. Les matériaux du laboratoire dans lequel sont réalisées les expériences
  4. Le modèle et le type de G.S.M utilisé.

Les facteurs 2 et 3 vont modifier considérablement la qualité de réception du G.S.M par rapport à la station de base la plus proche. Plus la réception sera faible (nombre de « barrettes noires » qui diminuent sur l’écran) et plus le G.S.M augmentera la puissance rayonnée à l’antenne.

Nous avons réalisé d’autres mesures avec plusieurs modèles différents de téléphones cellulaires avec des résultats troublant pour certains : plus de 100 à 120 V/m présents en permanence durant la communication à 2 cm de l’antenne !

Références bibliographiques

(1) Jacques Dapoz : « Téléphones portables, de l’influence sur la santé des ondes émises par les téléphones cellulaires ». Ed. Talus d’approche – coll. Libre Choix 1, année 1999.

(2) Roger Santini, Marius Seigne, Jean-Marie Danze, Benoît Louppe : « Guide pratique européen des pollutions électromagnétiques ». Ed. Marco-Pietteur. février 2000.